La vallée du fleuve Sénégal signe une récolte de riz record
Dans les cuvettes de Podor, Ndioum ou Aéré Lao, les rizières de la vallée du fleuve Sénégal viennent de signer l'une de leurs meilleures campagnes. Avec une production estimée à 420 000 tonnes de paddy, le pays franchit un nouveau pas vers un objectif poursuivi depuis des décennies : l'autosuffisance en riz.
Pour la campagne de la saison chaude 2025, la Société d'aménagement et d'exploitation des terres du Delta du fleuve Sénégal (SAED) a enregistré une production de paddy estimée à 420 000 tonnes — en hausse de près de 77 000 tonnes par rapport aux 343 000 tonnes de l'année précédente. Une progression significative, dans un secteur où les aléas climatiques et logistiques rendent chaque campagne incertaine jusqu'à la récolte.
Cette performance s'appuie sur des taux d'emblavement exceptionnels : dans certains périmètres de Podor, comme celui de l'Union Doué, le taux atteint 99,4 % des surfaces disponibles, et grimpe à près de 100 % dans les localités de Ndioum. Les rendements suivent la même dynamique positive, oscillant entre 7 et 9 tonnes à l'hectare dans la cuvette de Podor — des niveaux comparables aux meilleures zones rizicoles du continent. Plus notable encore, la cuvette de Ndioum, restée à l'arrêt depuis 2019, a enregistré des rendements records lors de sa remise en exploitation, preuve que le potentiel agricole de la vallée reste loin d'être pleinement exploité.
Selon Alassane Bâ, directeur général de la SAED, cette réussite doit beaucoup à la modernisation des infrastructures hydrauliques et au renforcement de l'encadrement technique des producteurs. L'État sénégalais a également appuyé la filière par des subventions d'engrais, des crédits agricoles, et une enveloppe de 3,2 milliards de FCFA de subvention directe au paddy — un soutien public substantiel qui traduit l'importance stratégique accordée à cette culture vivrière.
En aval de la production, la transformation suit le même mouvement : la Société sénégalaise de filières alimentaires (SFA) a collecté 20 000 tonnes de paddy lors de cette campagne, soit 7 000 tonnes de plus que les années précédentes, et prévoit de porter sa capacité de transformation jusqu'à 60 000 tonnes — un signal fort que la filière rizicole sénégalaise ne se limite plus à la production brute, mais investit également dans la valeur ajoutée locale.
Sur le terrain, producteurs et responsables d'unions locales — à l'image de Souleymane Sall, président de l'Union Doué — témoignent d'une filière en pleine structuration, portée par une volonté politique affichée au plus haut niveau de l'État. Cette dynamique s'inscrit dans un contexte régional où le Sénégal cherche à réduire sa dépendance aux importations de riz, dont les récentes tensions sur le marché international — notamment les restrictions à l'export décidées par l'Inde — ont rappelé la fragilité stratégique.
En chiffres
- 420 000 tonnes de paddy produites (campagne saison chaude 2025)
- +77 000 tonnes par rapport à la campagne précédente
- Rendements de 7 à 9 tonnes/hectare dans la cuvette de Podor
- 3,2 milliards de FCFA de subvention directe au paddy
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