Set Setal — quand la jeunesse de Dakar a inventé son propre civisme
Dans les années 1980, sans mot d'ordre venu d'en haut, la jeunesse de Dakar s'empare du nettoyage de ses propres rues et quartiers. Ce mouvement spontané, Set Setal, reste près de quarante ans plus tard une référence du civisme populaire sénégalais.
Set Setal — littéralement "être propre, rendre propre" en wolof — désigne un mouvement né spontanément de la jeunesse sénégalaise dans le courant des années 1980, à une époque de difficultés économiques et de dégradation visible du cadre urbain dans les quartiers populaires de Dakar. Loin d'être une initiative institutionnelle ou politique, le mouvement est d'abord, selon les témoignages de l'époque, "suscité par les jeunes et pour les jeunes" — les responsables politiques ne le rejoignant, et parfois le récupérant, qu'une fois le mouvement déjà engagé sur le terrain.
Les jeunes des quartiers s'organisent alors spontanément pour nettoyer les rues, repeindre les murs, décorer les espaces publics dégradés — mêlant l'entretien matériel du cadre de vie à une forme d'expression artistique populaire, à travers des fresques murales qui deviennent, pour beaucoup, le symbole visuel le plus durable du mouvement. Cette dimension artistique, documentée notamment par un film produit sous l'égide de l'UNESCO en 1992 dans le cadre d'un programme de prévention contre la toxicomanie, inscrit Set Setal dans une histoire plus large de mobilisation de la jeunesse urbaine autour d'enjeux de participation communautaire.
L'ampleur exacte du mouvement, sa durée précise et son organisation restent difficiles à documenter avec certitude tant d'années plus tard — Set Setal relève autant de la mémoire collective et de la légende urbaine dakaroise que de l'histoire institutionnelle écrite. Mais sa place dans l'imaginaire civique sénégalais demeure forte : près de trente ans plus tard, en 2020, le lancement de la campagne gouvernementale "Un Sénégal propre" s'appuie explicitement sur la référence à Set Setal, dans l'espoir de retrouver une mobilisation populaire comparable à celle des années 1980 — un espoir que plusieurs observateurs jugent, aujourd'hui encore, difficile à atteindre par la seule voie administrative.
Cette tension entre l'élan populaire spontané de Set Setal et les tentatives plus récentes de mobilisation civique organisées depuis l'État illustre un défi récurrent : une dynamique citoyenne authentique, née du terrain, est difficile à reproduire par la simple volonté institutionnelle, aussi bien intentionnée soit-elle.
Aujourd'hui encore, dans plusieurs quartiers de Dakar comme à Grand-Dakar, des initiatives citoyennes locales continuent de se réclamer de cet héritage, portées par des habitants qui refusent de voir leurs rues retourner à l'état de dépotoir — preuve que l'esprit de Set Setal, même informel et jamais institutionnalisé, continue d'irriguer une partie du civisme urbain sénégalais.
Pour Blackfit, Set Setal illustre une excellence africaine souvent négligée : celle d'un civisme né du bas, sans financement ni mandat officiel, porté par une jeunesse qui a choisi de prendre soin de son propre cadre de vie plutôt que d'attendre une solution venue d'ailleurs.
Set Setal en bref
- Années 1980 — émergence spontanée du mouvement à Dakar
- 1992 — documentaire UNESCO consacré au mouvement
- 2020 — campagne "Un Sénégal propre" s'en inspirant explicitement
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