Moustapha Ka — le magistrat anti-corruption qui veut un OFNAC renforcé
Spécialiste reconnu de la criminalité financière et ancien procureur adjoint au procès des Chambres africaines extraordinaires, Moustapha Ka dirige depuis novembre 2025 l'organe sénégalais de lutte contre la fraude et la corruption.
Son parcours se construit entièrement dans la magistrature. Titulaire d'un master en droit des affaires de l'Université Cheikh Anta Diop, Moustapha Ka intègre le Centre de formation judiciaire dans la promotion 1997-1999, avant d'exercer comme substitut du procureur à Dakar puis à Ziguinchor, puis comme avocat général à la Cour d'appel de Dakar — un cursus classique de magistrat de carrière, loin des nominations politiques.
Son expertise se spécialise très tôt sur la criminalité financière, le blanchiment d'argent, le terrorisme et la traite des êtres humains — des domaines qui exigent une technicité juridique rarement mise en avant dans les récits publics, mais déterminante pour la bonne gouvernance d'un État. Cette expertise le mène vers une dimension internationale rare pour un magistrat sénégalais : il devient procureur général adjoint aux Chambres africaines extraordinaires, le tribunal spécial mis en place avec l'Union africaine pour juger l'ancien président tchadien Hissène Habré — l'un des procès pour crimes contre l'humanité les plus suivis de l'histoire judiciaire africaine récente.
Il met ensuite cette expertise au service de la formation régionale, en formant des magistrats et des officiers de police judiciaire dans plusieurs pays africains, en participant à la rédaction d'instruments juridiques régionaux et internationaux, et en prenant part aux évaluations du Sénégal dans le cadre de mécanismes des Nations unies et du GIABA, le groupe intergouvernemental de lutte contre le blanchiment d'argent en Afrique de l'Ouest. Au fil de sa carrière, il occupe aussi des fonctions plus proches de l'exécutif — directeur des droits humains au ministère de la Justice, puis conseiller technique à la Présidence de la République — avant de revenir vers une fonction de contrôle indépendant.
C'est ce double bagage — expertise technique en criminalité financière et expérience judiciaire internationale — qui justifie sa nomination, le 27 novembre 2025, à la présidence de l'Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC). Décrit comme un "magistrat hors hiérarchie", il prend la tête d'une institution dont la mission affichée est de renforcer la gouvernance publique et de la rendre plus intègre — un mandat devenu particulièrement sensible dans un pays où la gestion des deniers publics est scrutée de près, aussi bien par l'opinion que par les institutions financières internationales.
Sous sa présidence, l'OFNAC affiche une activité soutenue : l'institution revendique notamment 147 réquisitions et 189 auditions menées pour traquer la fraude, un volume d'activité qui tranche avec l'image parfois endormie de certains organes de contrôle sur le continent.
Pour Blackfit, le profil de Moustapha Ka illustre une excellence institutionnelle construite sur l'expertise technique plutôt que sur la position politique : celle du magistrat spécialisé en criminalité financière, formé à l'école de l'un des procès internationaux les plus marquants jugés sur le continent, désormais chargé de surveiller l'intégrité de la gestion publique sénégalaise.
Moustapha Ka en chiffres
- 2025 — nomination comme président de l'OFNAC (27 novembre)
- 147 — réquisitions menées par l'OFNAC sous sa présidence
- 189 — auditions menées dans le cadre de la lutte contre la fraude
- 1 — procès international majeur où il a été procureur général adjoint (Chambres africaines extraordinaires, affaire Hissène Habré)
Un acteur sénégalais de la gouvernance ou de la lutte anti-corruption mérite un portrait ? Écrivez à Blackfit.
Articles similaires
Politique
Abdoulaye Sylla — l'ingénieur devenu gardien de la transparence électorale au Sénégal
Ingénieur, administrateur civil, inspecteur général d'État puis juge au Conseil constitutionnel : Abdoulaye Sylla cumule les casquettes institutionnelles avant de …
Politique
Ibrahima Wade — l'homme de rigueur derrière les JOJ Dakar 2026
Organiser le premier événement olympique jamais tenu sur le continent africain demande une rigueur sans faille. C'est la mission confiée …
Politique
Mouhamed Seck — le métronome discret de la commune de Mbacké
On ne parle pas souvent des secrétaires municipaux. Pourtant, c'est souvent entre leurs mains que se joue, au quotidien, la …