Adama Paris — la banquière devenue ambassadrice de la mode africaine
D'une carrière dans la banque européenne à la création de la Dakar Fashion Week : Adama Paris a fait le choix, il y a plus de vingt ans, de donner une scène internationale au design africain depuis Dakar.
Son nom de scène, Adama Paris, raconte déjà une partie de son histoire : née à Kinshasa de parents sénégalais diplomates, Adama Amanda Ndiaye grandit en Europe, loin du pays dont elle porte pourtant l'identité. Elle y entame une carrière dans la banque — un parcours professionnel solide, mais qui ne la retient pas longtemps face à une autre vocation : la mode, et plus précisément la mode africaine, encore largement absente des podiums internationaux à l'époque où elle se lance.
Elle crée sa propre marque, Adama Paris, dont les pièces sont aujourd'hui fabriquées au Maroc et vendues à New York, Tokyo, Londres et Paris — une chaîne de production et de distribution résolument internationale, à l'image de sa vision du métier : « partager avec toutes les femmes modernes une mode sans frontières », selon ses propres mots.
Mais c'est surtout en tant qu'organisatrice qu'Adama Paris change la donne pour toute une génération de créateurs africains. Elle fonde la Dakar Fashion Week pour donner de la visibilité au design du continent, à une époque où les grandes capitales de la mode ignoraient largement les créateurs africains. L'événement grandit au fil des éditions : pour sa dixième édition, en 2012, il réunit déjà trente créateurs venus de neuf pays d'Afrique et d'Asie, pour un budget de plus de 80 millions de FCFA — une échelle qui en fait, à l'époque, l'un des plus grands rendez-vous de mode du continent.
Elle ne s'arrête pas à Dakar : on lui attribue la création du concept de la Black Fashion Week, qu'elle a également organisée à Prague et en Bahia, exportant ainsi le même principe — donner une scène aux créateurs afro-descendants — bien au-delà des frontières sénégalaises.
Au-delà de l'organisation d'événements, Adama Paris porte aussi un discours de fond sur les conditions de l'industrie de la mode en Afrique : elle pointe les contraintes que certaines normes religieuses ou sociales peuvent imposer au métier de créateur dans plusieurs pays du continent, et attribue au Sénégal une culture plus tolérante, plus favorable à l'expression créative. Avec d'autres créateurs africains, elle plaide pour un financement public renforcé et un meilleur accès au crédit, condition selon elle d'une véritable industrialisation du secteur et de la création d'emplois durables.
Pour Blackfit, le parcours d'Adama Paris illustre une excellence rarement mise en avant dans les récits économiques classiques : celle de la créatrice qui a quitté un métier de certitude pour construire, depuis Dakar, une infrastructure entière — un événement, un réseau, une scène — au service de toute une industrie du continent.
Adama Paris et la Dakar Fashion Week en chiffres
- 30 — créateurs réunis lors de la 10e édition (2012) de la Dakar Fashion Week
- 9 — pays d'Afrique et d'Asie représentés à cette même édition
- 80 M+ FCFA — budget de l'édition 2012 (environ 150 000 USD)
- 4 — grandes villes où ses créations sont vendues : New York, Tokyo, Londres, Paris
Un créateur ou une créatrice sénégalaise mérite d'être mis en avant sur Blackfit ? Proposez-nous son nom.
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